J'ai passé la nuit à gratter mes piqures de taons. Heureusement, à mon réveil, la brume s'est dissipée pour laisser place à un grand ciel bleu. Arnaud et moi prenons notre ptit dej' à l'hôtel. Il
est copieux et varié. La journée commence bien ! Mais ça ne va pas durer. Avant la fin de notre premier kilomètre de descente, je crève de l'arrière. Arnaud, parti devant, est déjà loin. Je vais
changer la chambre à air, je réparerai l'autre ce soir.
Je repars 20min plus tard. Il est 8h50. La descente est belle et rapide mais les routes sont mouillées et je reste prudent en ne dépassant pas 60 km/h. A Sainte-Marie-de-Campan, Arnaud
m'abandonne. Il repart vers Lourdes par un col mystère...
J'attaque sans attendre le premier des quatre cols de la journée : le col d'Aspin (1489m). Je sens que j'ai de bonnes jambes et je décide de me tester sur les 12km de montée. Les 6 premiers sont
faciles, puis on attaque les kilomètres à 7, 8 et 9%. Je ne descends pas sous les 12km/h jusqu'au sommet que j'atteins en 47min.
La descente est très belle. Les routes sont déjà sèches, la vue est agréable et les virages variés permettent de se faire plaisir. Je fais une pointe à 72km/h pour rattraper et dépasser deux
scooters. Je remonte ensuite la vallée d'Aure sur quelques kilomètres avant de débuter le col d'Azet - Val Louron (1580m).
Sur la petite route qui monte au-dessus de Saint-Lary-Soulan, je décide cette fois de m'économiser et de profiter du paysage. La montée est régulière à environ 8%. En face de moi, la station du
Pla d'Adet est couverte d'un petit nuage. Au sommet, je prends ma traditionnelle photo de Voxy devant le panneau du col, puis je suis ébloui par la beauté du paysage qui apparaît de l'autre côté.
La vue sur une vallée verdoyante s'étend jusqu'au sommet du col de Peyresourde. Un petit lac bleu cerné de villages est survolé par les parapentes et deltaplanes. J'irai manger sur ses berges.
Dans la descente, semblable à celle de l'Aspin, je réalise que mon frein avant, usé, ne sert plus à rien. Tant pis, je vais me contenter de travailler les trajectoires. J'arrive dans le fond de
la vallée à midi. Je fais une heure de pause au soleil, rafraîchi par le vent frais qui souffle sur le lac.
Je repars allégé de mes provisions vers le col de Peyresourde (1569m). Je ne fais que les sept derniers kilomètres de la montée. Là encore, les pourcentages sont réguliers entre 8 et 9%. La
température a sérieusement augmenté pendant mon déjeuner. Je gère donc ma vitesse pour finir les 7 km en 39min.
Je passe dans mon troisième département depuis mardi, et je fête mon arrivée en Haute Garonne par... un changement de patins de freins ! Savais-tu, lecteur, que les freins d'un vélo de route sont
différents de ceux d'un VTT, et que leur réglage ne se fait pas de la même façon ? Moi je ne savais pas. Maintenant je le sais. J'ai touché à toutes les vis pendant 40min pour trouver la bonne
configuration. Et à 1500m d'altitude, sans ombre, le soleil tape fort ! Heureusement, le passage de quelques cyclistes m'a distrait de ma pénible manipulation. L'un d'entre eux, souffrant
apparemment dans les dernières pentes, a répondu à mon salut par un "Putain, il est dur l'enfoiré !".
La descente vers Luchon est une piste de vitesse ! Elle consiste en de grandes rampes très inclinées où on peut atteindre des vitesses sympathiques. Rassuré sur le fonctionnement de mes freins,
je me suis pris au jeu. 76km/h au maximum, mais beaucoup de pointes au-delà de 70. Il m'aurait suffit d'avoir un développement légèrement plus grand pour faire mieux. Arrivé à Luchon, les
terrasses de bars me tentent, mais il est déjà tard. Je me contente de remplir mes bidons et d'avaler mes derniers biscuits.
Le col du Portillon (1293m) est annoncé à son pied par un panneau sur lequel figure une grossière erreur de calcul. La montée fait 9km pour 630m de dénivelé. La pente sera donc de 7% en moyenne,
et pas de 6,6% comme annoncé. Par ailleurs, et contrairement à ses homologues des départements voisins, le conseil général de Haute Garonne n'a pas jugé utile d'indiquer à chaque kilomètre
l'altitude et la déclivité du kilomètre qui arrive. Tant pis, ce sera la surprise. On se demande quand même où passent les taxes d'habitation des pauvres Toulousains! Le col finit en tous cas par
le plus difficile. Environ 9 à 10% sur la fin. Je découvre avec plaisir que la route passe dans la forêt et que je vais y trouver un peu d'ombre. Je finis ainsi la journée sans avoir eu besoin de
m'arrêter pour récupérer dans les montées.
Derrière le sommet, les paysages espagnols n'ont rien à envier aux français. Leurs routes non plus. Je retrouve des sensations du ski en descendant entre 50 et 60km/h en godille sur une route
légèrement sinueuse. Je m'amuse par moments à sortir le genou pour prendre un virage plus serré. Arrivé à Bossost, je n'ai plus qu'à me laisser glisser le long de la Garonne pour revenir en
France et atteindre Fos, juste derrière la frontière.
Le petit village avec son magasin d'alimentation général, sa boulangerie, et son hôtel à 25€ la nuit me plait bien. Après m'être ravitaillé et avoir fait ma lessive quotidienne, je pars à la
recherche d'un réseau wifi : je n'ai pas croisé le réseau Bouygues depuis Arette, mercredi. Après un petit tour du village, je trouve ce que je cherche. Je m'assois sur le trottoir pour en
profiter. Les passants me regardent avec un mélange de surprise et de méfiance. Mais d'ici, je vois également bien mieux les couleurs du ciel au soleil couchant que dans ma chambre.
Bilan du jour : 130km et 2800m de dénivelé. Pas de col surprise aujourd'hui. Un temps un peu plus frais et venteux, seulement 4,6L de consommés. Demain je fais route vers l'Ariège. L'étape sera
plus facile. Je crois que je passerai les cols de mieux en mieux maintenant. J'ai bien récupéré hier et je ne suis pas vraiment fatigué ce soir. L'enjeu principal des quatre jours qui restent
sera de préserver le matériel et d'éviter les chutes pour arriver à Argelès.